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 Interview collective de Jérôme Noirez

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Aphraël
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MessageSujet: Interview collective de Jérôme Noirez   10/2/2007, 16:35

Le projet lancé autour de Jérôme Noirez se trouve sur ce lien.

Voici ses réponses à nos questions ! cheers

_______________________________________________________________
Autour du cycle des Féeries :

_ Quel est votre point de vue sur la Technologie ?


Je ne suis ni technophile ni technophobe. Je suis juste un peu méfiant quand il s’agit de mesurer le progrès humain à l’aune de ses technologies. Je sais qu’il est possible de voir dans Féerie pour les Ténèbres l’expression de quelqu’un de très mal à l’aise avec la modernité. Mais je ne suis pas mal à l’aise avec la modernité (je suis mal à l’aise tout court). Je pense simplement que le seul progrès vraiment valide est d’ordre philosophique, et qu’à ce niveau-là, on stagne sévèrement. Par contre, je suis du genre nostalgique, c’est-à-dire que je fantasme sur des passés qui me mettraient bien mal à l’aise sans doute s’ils étaient des présents.



_ D'où vient l'idée de la Technole et existe-t-il une raison de son intrusion dans l'univers de la Féérie ?
_ Pourquoi est-elle arrivée dans leur monde et que reste-t-il chez nous ?


Vous aurez la réponse à ces questions si vous lisez le tome 3, braves gens.

_ Cela m'a particulièrement frappée quand j'ai lu le passage sur la gare de Caquehan, dans lequel vous décrivez l'inclusion de la gare dans l'ancienne cathédrale: avez-vous lu Les cités obscures, de Schuiten et Peeters? La Technole qui surgit de façon imprévisible au beau milieu du "monde connu" m'a fait penser au réseau qui se développe dans Urbicande, même si ce qu'ils apportent est d'une nature très différente. Mais ça n'a peut-être rien à voir...


Je ne suis pas très fan des Cités Obscures. J’en admire la virtuosité, mais je trouve que ça manque un peu de chaleur et de consistance. Je n’avais pas du tout pensé à Urbicande, mais pourquoi pas. Pour moi, avant tout, l’envahissement de la Technole n’est rien d’autre que l’image des architectures modernes phagocytant les constructions anciennes comme on peut en voir dans presque toutes nos villes. J’aime bien d’ailleurs ces « compénétrations architecturo-anachroniques » (Oh, putain ! on dirait un titre de sf des années 70). Je trouve donc la Technole très décorative.


_ D'où vous est venue l'idée des Rioteux ?

De mon imagination. Comme le reste. Made in my brain ™.


_ Existent-ils simplement pour mettre en avant les défauts humains ?


Ils existent d’abord pour eux-mêmes. Je ne leur ai pas attribué un rôle narratif à vocation démonstrative. Ils forment une sorte de société carnavalesque qui prend systématiquement le contre-pied des mœurs humaines. Ce sont des jouisseurs, des anarchistes qui n’ont besoin d’aucun prétexte (comme la religion, la patrie, la jalousie et autres fadaises) pour perpétrer les actes qu’ils jugent plaisants. Des mecs plutôt sympas donc si on ferme les yeux sur leur tendance au meurtre gratuit.


_ D'où vient votre fascination de la mer ?

En vérité, je ne suis pas fasciné par la mer. Je trouve ça même assez chiant, la mer. Mais par contre, je suis absolument fasciné par les côtes. La rencontre fracassante entre la mer et la terre, ça c’est un spectacle formidable, qui me saisit tout entier. J’aime l’odeur de la mer aussi, et les plages désertes, et l’écume, et les algues. J’adore le varech et tout ce qui grouille en dessous. Mais la navigation en solitaire au milieu de l’Atlantique, non, très peu pour moi.

_ Comment vous est venue l’idée des Brohls (du deuxième tome) ?


Dans la fantasy, les marais sont toujours putrides et méphitiques. Je voulais faire un marais qui ait, au contraire, une apparence printanière, une eau claire, une végétation éclatante. J’ai pensé aux tourbières qui sont des biotopes très saints et très riches. Sauf que ces tourbières-là s’étendent à l’échelle d’un pays. Après j’ai mis des monstres, évidemment, sans ça, on m’en aurait voulu.


_ Comment faites vous pour imaginer ces faune et flore toujours plus complexes et diversifiées ?


L’amour des bestioles. Il suffit de soulever une vieille souche ou de plonger une épuisette dans une mare et aussitôt on a mille petits monstres merveilleux pour peupler une fantasy. Dans ma maison aussi. L’été, dans ma chambre, je fais mon casting juste en levant les yeux vers le plafond.

_ D'où vient le chocolat dans votre univers ? (existe-t-il des cultures comme dans notre monde ?)

Il vient de notre monde. Evidemment, il doit être un peu périmé. Mais je connais des appétits qui ne s’arrêtent pas à ces détails.

_ Plus généralement, où trouvez-vous vos idées très graphiques (par exemple le "monstre" sur l'île d'Eschamat) ? Quelles sont vos influences à ce niveau ?


Si mes idées sont graphiques, c’est d’abord parce que j’aurais tort de m’en priver. À la différence du cinéma, on n’a aucune limite de budget dans un roman. Je soupçonne certains auteurs d’être un peu pingres au niveau visuel. Moi, je suis généreux. Quant à mes influences… Tout ce qui passe par mon regard. Les paysages réels surtout. Mais aussi la peinture, le cinéma, la photographie. Car une vision, même littéraire, se construit. On choisit des points de vue, des perspectives, une palette, des éclairages, des placements de caméra…


_ Pouvez-vous nous expliquer votre "obsession" pour la chair ? Est-ce que cette profusion existe simplement à travers l'envie de décrire des choses horribles ou, du moins, des aberrations ?

La chair est la seule réalité dont on puisse se targuer d’être vraiment le propriétaire. Le psychisme ne fait que dériver de la chair, il en est une espèce d’échos. On jouit par la chair. On souffre par la chair. Et l’aberration (le terme est bien choisi), en quelque sorte, c’est la magie de la chair. Le monstre est son sorcier. Quant à décrire des choses horribles, je le confesse, ça m’amuse de temps en temps. Parfois, ça ne m’amuse pas. Mais il y a comme une nécessité. N’avez-vous pas constaté comme la « vie de la chair » est souvent horrible ? Et magnifique aussi. Nous naissons dans le sang, les humeurs, les membranes. Nous mourrons de même (le linceul fait membrane). Elle nous résume. Et puis, c’est aussi l’objet d’inspiration que j’ai le plus facilement sous la main… On est très « psychologisant » dans la littérature française. Je déteste ça. Les affres insondables de l’ââaammmme… J’en bâille rien que d’y penser… La matière m’intéresse infiniment plus que le mental. Je suis un « matérialiste mystique »… Inutile de vous dire que je ne crois pas en Dieu.


Dernière édition par le 10/2/2007, 16:40, édité 1 fois
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Aphraël
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MessageSujet: Re: Interview collective de Jérôme Noirez   10/2/2007, 16:39

_ De manière plus générale, le corps est souvent mis à mal, souvent de manière très originale (notamment par des organismes étrangers, vivants ou non, ou par des mutations diverses). Qu’avez-vous à dire pour votre défense ?

Je plaide coupable. J’ai le goût du « réalisme grotesque ». J’aime que les corps dépassent les limites dans lesquels on les cantonne généralement. Ca peut être très drôle (le burlesque est une manière de dépassement du corps). Ou dérangeant et hideux. Idéalement, un mélange des deux. L’être qui s’engendre lui-même ou qui se dévore lui-même en est l’image paradigmatique… C’est à la fois cartoonesque et totalement effrayant…


_ L'écriture est-elle un exutoire face à votre vision de l'horreur humaine et du monde ?


Non. Mes livres sont destinés à des lecteurs qui (parfois) payent pour les acquérir. Je me considérerais comme un escroc si je donnais à lire une sorte d’exutoire à mes problèmes personnels, ma vision du monde ou à mon inadaptation sociale. Un livre est un travail, un travail de patience, pensé avec minutie. Je ne me défoule pas en écrivant. Je me défoule en fendant des bûches, ça c’est un exutoire. Mais vous n’aimeriez pas en acheter.

_ Le Carnaval des Abîmes, dernier tome de la trilogie de Féerie pour les Ténèbres, représente-t-il la fin de l'univers de l'En-Dessous ou les lecteurs auront-ils encore la chance d'apercevoir des rioteux dans tes futurs écrits ?

Les rioteux… Peut-être, d’une manière indirecte. Mystère.

_ Les descriptions d'événements dans Le Carnaval des Abîmes sont fortement teintées d'une poésie magnifique et l'on se prend à propenser d'une suite. Alors est-ce que je vertige?

Oui, vous vertigez, mais c’est chouette, hein ? Non, il n’y aura pas de quatrième tome à Féerie pour les Ténèbres. Tout se termine sur une tourte… Comment voulez-vous continuer après ça ?


_ Vos romans sont remplis, entre autres, de trouvailles visuelles, que vous parvenez très bien à faire ressentir. Cependant, il en est une que, même si j'en saisis le concept, j'ai du mal à visualiser : celle du fraselé, avec ses membres à profusion. Pourriez-vous nous en dessiner un ?

Voici une boîte. Le fraselé est dedans. Pas besoin de faire des trous, il s’en est déjà chargé.


Plus généralement :

_ Bien que ne les ayant pas gagnés, vous avez été nominé pour le Grand Prix de l'Imaginaire ainsi que pour le second tour du Prix Merlin. Est-ce que cela représente quelque chose pour vous ? Quelle importance y accordez-vous ?

Et vous oubliez le prix Imaginales. Oui, on me nomine beaucoup mais on ne me lauréate pas, il y a des gens comme ça, les éternels nominés… Sur le coup, ça me crispe un peu. Mais deux jours après, je n’en ai plus rien à foutre. Donc, vous pouvez vous faire une idée de l’importance que j’y accorde.


_ Quelle a été la réaction du public face à vos romans et comment la ressentez vous ?


On parle de littérature de l’imaginaire. C'est-à-dire du sous-genre d’un sous-genre (le poids de la littérature par rapport aux nouveaux médias est devenu dérisoire) qui concerne si peu de gens que l’on ne peut guère parler d’un public (Marc Lévy, lui, a un public, je suppose). Disons que les quelques dizaines de lecteurs qui m’ont, d’une manière ou d’une autre, exprimé leurs sentiments ont apparemment trouvé mes petites bizarreries plaisantes voire plus que plaisantes si affinités. J’en suis très heureux. Si je me moquais du ressenti des lecteurs, à quoi bon être publié, n’est-ce pas.



_ Votre Encyclopédie des Fantômes et des Fantasmes (publiée chez l'Oxymore désormais passée) pourra-t-elle un jour reparaître dans une nouvelle édition ?

Elle pourrait. Mais je n’ai rien de concret à ajouter à cette réponse.

_ Après l'Encyclopédie des fantasmes et fantômes, y aura-t-il une « Encyclopédie des rioteux et de leur langage » (car il y a beaucoup de termes dans Féerie pour les Ténèbres qui méritent leur dictionnaire) ?

Déjà que la première ne s’est pas vendue… Je crois que ce ne serait pas très raisonnable comme projet.


_ Est-ce que la création de l'Encyclopédie des fantasmes et fantômes représentait pour vous une sorte de thérapie de vos peurs enfantines ?

Ni exutoire (voir plus haut), ni thérapie. Surtout pas thérapie (quelle horreur !) D’abord, je ne veux pas guérir de mes peurs enfantines, je les aime, mes peurs enfantines, je les adore, laissez-les moi ! Cela dit, cet intérêt pour les fantômes remonte évidemment à mon enfance et ses petites terreurs nocturnes.

_ Quels sont vos projets d'écriture et de musique ?

Un roman qui paraîtra en septembre chez Lune d’Encre (Denoël), tournant autour de Lewis Carroll. Vous verrez à cette occasion que je peux écrire autre chose que des horreurs sans bornes (mais au niveau des bestioles, vous serez généreusement servis). Un autre roman en cours d’écriture. Un troisième, très bizarre, à l’état embryonnaire. En musique ? Toujours le fantasmatographe… Et aussi… Ah, mais non, ça, je ne peux pas encore en parler.


_ Avez-vous d'autres projets de livres pour enfants ?


Deux romans dits pour « ados » en cours d’élaboration. Deux albums pour les petits sont en lecture chez divers éditeurs. Mais dans ce dernier créneau, le retour de « l’ordre moral » (et ça ne devrait pas s’arranger dans les prochains mois) laisse peu d’espoirs à des textes jouant avec les limites.


_ Arrivez-vous à vivre de votre art ?


De l’écriture ? Non. Des auteurs qui, en France, vivent de leurs livres, y en a pas bézef.


_ J'ai assisté à un de vos concerts fantasmagoriques, l'an dernier, et j'en garde un souvenir extraordinaire. Pouvez-vous nous parler de cette partie de votre travail, et du rapport que vous voyez entre cette facette de votre expres​sion(technique, musique, visuelle) et de la thématique (qui m'a autant fascinée et intéressée que le rendu lui-même, votre propre mise en scène comprise) avec vos romans ?

Par Saint-Dandin-le-Dindon, en voilà une question complexe. En musique, je vais en général vers des projets qui ont une dimension narrative, même implicite. Je raconte encore des histoires, c’est une manie. Le fantasmatographe est surtout un hommage au cinéma primitif que j’affectionne. Faire de la musique sur des images est quelque chose qui me titille l’intellect. Mais j’y pense : écrire, qu’est-ce ? sinon faire de la musique (de la musique fossile) sur des images. Je suis plus sensitif que cérébral vous savez. La psychologie, ça ne m’intéresse pas des masses. Les sons, les images, les saveurs, les odeurs, ça oui, c’est ma vraie matière littéraire. La musique affine mon rapport au sonore. La cuisine affine mon rapport au gustatif et à l’olfactif. Et tout ça, je l’exploite évidemment dans mon écriture. En matière de sens (de sensualité), il ne faut se priver de rien, sinon la mort est une misère.
Voilà une morale toute trouvée pour conclure cette interview.
À bientôt dans un MONDE FLUCTUANT.
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