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 Interview collective d'Emmanuelle Maia

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Aphraël
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MessageSujet: Interview collective d'Emmanuelle Maia   16/1/2007, 11:56

L'auteur a mis du temps à répondre, mais vu le stock de questions, elle avait de quoi. Laughing

En tout cas, ça fait plaisir à lire Very Happy

Vous retrouverez l'énoncé du projet sur ce lien.
________________________________________________________________
Qu’est-ce qui vous a motivée à devenir auteur ?

Au départ, il y avait déjà une forte attirance et un grand plaisir à écrire. Puis l’amour des mots et l’envie de partager mes histoires avec des lecteurs ont fait le reste.

Quelles sont vos inspirations ?

Tout et n’importe quoi. J’aime regarder vivre mes contemporains, les écouter parler, mais je ne maîtrise pas le processus de l’inspiration. C’est les idées qui viennent à moi, non le contraire. Ma capacité, c’est de savoir les recevoir et les transposer. Pour l’anecdote, c’est en rentrant une nuit que j’ai trouvé le thème de mon premier roman publié. Les phares de l’auto ont éclairé un panneau routier et j’y ai lu La Croix du Néant. Boum, l’idée d’une croix renfermant une particule de néant à même de détruire la Terre venait de naître ! Ce n’est qu’en repassant bien plus tard dans la région que je me suis aperçue que la pancarte en question indiquait « La Croix du Nant ». La fatigue et l’obscurité avaient conspiré pour m’offrir cette histoire.

J’ai cru comprendre que vous étiez une grande amatrice de romans d’horreur, ou plutôt de thrillers fantastiques. Ces romans vous ont-ils donné l’envie d’écrire et vous ont-ils fait évoluer vis-à-vis de votre vision des choses et de votre quotidien ?

L’envie d’écrire était déjà là, sans doute incluse dans le package d’origine. Mais c’est en lisant à dix-huit ans mon premier recueil de nouvelles fantastiques, Les plumes du corbeau et autres nouvelles cruelles de Jean-Charles Jehanne, que j’ai su que je venais de trouver mon univers.

Le fantastique ne m’a pas fait évoluer vis-à-vis de ma vision des choses ; ce serait plutôt le contraire. Ce sont mes expériences qui ont formé ma plume et l’ont aidée à mûrir. Le fantastique est une manière comme une autre de parler de la vie. En tant qu’auteur, je fais bien le distinguo entre fiction et réalité. Et si l’écriture reste une forme d’évasion (la meilleure à mon goût), je n’en conserve pas moins les pieds sur la terre.

Quelle est votre vision du fantastique dans le monde littéraire actuel ?

Même s’il est très présent dans d’autres formes d’art, je songe particulièrement au cinéma, le fantastique est, à l’heure actuelle, à la traîne en littérature. Sans doute parce qu’il y a eu, à l’époque, trop de mauvais livres publiés par des éditeurs qui flairaient la bonne combine, comme c’est aujourd’hui le cas dans la fantasy. Cependant, la vie est faite de cycles, et certains signes précurseurs m’amènent à penser que ces prochaines années devraient assister à son grand retour.

Vous parlez dans votre dédicace de votre mascotte personnelle. Quel est l’apport d’une mascotte sur la vie de tous les jours d’un auteur, et comment vos fans réagissent-ils lorsqu’ils la découvrent durant vos dédicaces, à cracher sur votre signature pour lui donner plus de valeur ?

Ah la mascotte, c’est toute une histoire ! Là où j’ai de la chance, c’est qu’elle me laisse tranquille lorsque j’écris. En général, elle reste pelotonnée dans ma poche, à bouquiner ou à dormir, quand elle n’y sème pas des miettes à force d’engouffrer les croquettes au saumon de mes chats ! Par contre, ses plus vils instincts se réveillent lors des salons. D’attachante, la bestiole devient agaçante, d’autant que je la soupçonne de vouloir me piquer une partie de ma notoriété, raison pour laquelle elle crache sur ma signature. Comme les gens sont bien élevés, ils gardent leurs réflexions pour eux et attendent de s’éloigner du stand pour nettoyer, en général avec une grimace de répugnance, son « cadeau ». Heureusement, j’ai réussi à lui confisquer les épinards qu’elle s’ingéniait à ingurgiter avant les salons !

Quelle est votre propre vision du travail d’écrivain ?

C’est un chemin long et difficile, qui demande de l’opiniâtreté et du courage. Mais n’est-ce pas le propre de toutes les passions ?


Dernière édition par le 16/1/2007, 12:13, édité 2 fois
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Aphraël
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MessageSujet: Re: Interview collective d'Emmanuelle Maia   16/1/2007, 12:00

Votre étude sur la grossesse et le point de vue d’une future mère est cernée tout en douceur et en tendresse. Comment avez-vous réussi à écrire cette vision des choses ? Vous êtes-vous appuyée sur des amies, des sœurs ou votre propre mère pour vous conseiller ?

Merci de ce compliment. En fait, c’est ma mascotte qui a écrit ces passages ! (rires) Plus sérieusement, ces chapitres relèvent surtout de mes capacités d’écoute et, surtout, d’empathie. J’ai laissé remonter à la surface les souvenirs des grossesses de mes amies, et mon imagination a fait le reste.

Vivez-vous avec cette même anxiété l’élaboration d’un roman, que vous comparez à une grossesse, au moins dans sa durée ?

En tant que femme, je pense que cette métaphore était inévitable, et j’y trouve des parallèles intéressants : le temps qui s’écoule au fur et à mesure que le livre grandit, l’inquiétude de ne pas le mener à terme, de ne pas être à la hauteur de cette tâche. Mais l’enjeu n’est pas le même et l’anxiété que j’éprouve, même si elle est bien réelle, n’a aucune commune mesure avec celle d’une future mère.

D’où vient votre idée d’écrire un accouchement à travers les émotions de l’enfant ? Combien de temps avez-vous passé à étudier les accouchements et les grossesses ?

Cela c’est fait très naturellement en cours d’écriture, et j’avoue que j’en suis ravie car j’aime particulièrement ce passage. Mais, comme je le disais plus haut, je n’ai pas mené de longues recherches en obstétrique et j’ai préférer lâcher la bride à mon imaginaire que de me limiter avec trop d’aspects techniques.

Sytelle/Julia : ces prénoms ont-ils une raison propre à leur place dans le roman ?

Le prénom de Julia s’est imposé très vite, avant même l’écriture de Résurgences. Quant à Sytelle, c’est elle-même qui me l’a soufflé à l’oreille au début du roman. Une sitelle (ou sittèle) est un oiseau de la famille des pics et des piverts et, en fin de compte, je trouve que cela lui sied comme un gant, puisque même son père n’a pas réussi à la garder en cage.

La symbolique de la religion ressort beaucoup de votre ouvrage. Elle est essentielle vis-à-vis de l’idée même du roman, mais cherchez-vous également à inscrire vos propres messages codés dans vos romans ?

Non, il n’y a pas d’envie consciente d’intégrer des messages dans mes histoires. Par contre, le travail de l’auteur relève beaucoup de l’inconscient, et je pense qu’il est inévitable que « j’imprime ma patte » sur mes écrits. Par ailleurs, il est plus simple de parler de ce que l’on connaît, et même si je ne suis pas croyante (je me considère plutôt comme agnostique), j’ai suivi le parcours de la majorité des gosses, entre les cours de catéchisme et la première communion.

Quelle est votre propre vision de la religion ? Des sectes ?

Je pense que la religion ne peut apporter de réponses à tout. Mais si des personnes y trouvent soutien, espoir ou réconfort, c’est une bonne chose.

J’aurais tendance à être beaucoup plus dure à l’égard des sectes dont les buts sont plus pervers. Ces mouvements ne visent souvent qu’à l’asservissement de l’homme, à son exploitation, humaine ou matérielle, pour leurs propres intérêts. Certains sont plus dangereux que d’autres, mais aucun n’est vraiment innocent.

De nombreuses références aux religions, sectes sont présentes dans votre roman. Tellement que je dois avouer que telle Sytelle je m’y suis un peu perdu. Y a-t-il une raison particulière à ce choix ?

Religion et sectes ont découlé tout naturellement de la trame de l’histoire qui flirte aussi avec une certaine forme de mysticisme. Le fantastique s’ancre dans la réalité, et je ne pouvais ignorer celle-ci sans amputer ce roman d’une partie de sa densité.

On sent une condamnation mais aussi un pardon, une compréhension de la « foi » aveugle de vos personnages. Avez-vous été dans votre vie confrontée à certaines de ces personnes ? Ont-elles inspiré des personnages ? De même les enfants indigo viennent renforcer l’ambiance mystique du roman, bien que pris un peu à contre-pied de l’idéologie « sectaire ». De la même manière en quoi cela se rapproche-t-il de votre expérience personnelle ?

J’ai eu l’occasion de côtoyer des adeptes qui fréquentaient des « églises » plus ou moins reconnues, oui. Mais nous parlons de fiction, et les protagonistes de Résurgences sont avant tout des êtres imaginaires. Alors, pour reprendre la formule consacrée, toute ressemblance ou similitude avec des personnes existant ou ayant réellement existé serait fortuite et involontaire.

Le mythe des enfants indigo, dont m’avait parlé une amie, est une des idées à l’origine de ce roman, de même que la naissance d’un petit bout de chou de mon entourage le 5 mai 2000, une date à laquelle a eu lieu un alignement de planètes très rare. Les deux idées se sont entremêlées pour donner Résurgences. Cependant, aucune preuve scientifique n’étaye la légende de ces enfants particuliers, ce qui m’incite à rester très prudente à l’égard de ce que je considère avant tout comme une légende.

Votre vision de l’humanité, sans concession (et que je partage largement) est tempérée par la croyance d’une élévation spirituelle, un recentrage possible (mais pas inéluctable) grâce à l’apport des enfants indigo. Pensez-vous que la spiritualité est la voie qui nous permettra de retrouver les valeurs essentielles de l’Humain ?

Je ne parlerais pas de croyance, mais d’espoir. Car Résurgences est avant tout une utopie. L’idée qui en ressort, c’est que nous ne sommes pas impuissants, que le destin n’est pas figé et que nous avons au fond de nous le pouvoir et les capacités de réveiller celui-ci. Mais saurons-nous nous en servir pour à améliorer nos existences ?

Comment, selon vous, accéder à cet état d’ouverture, sans tomber dans les rets d’une secte ?

Je n’ai pas vocation de prophète ni de gourou, aussi je dirais que c’est à chacun de trouver sa voie, de se forger ses propres opinions ou convictions au travers de son vécu et de ses expériences. Néanmoins, je pense que si les êtres humains parvenaient à dominer ces peurs dont ils sont emplis, ils seraient peut-être plus capables d’ouverture.
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MessageSujet: Re: Interview collective d'Emmanuelle Maia   16/1/2007, 12:05

Ce livre ne risque-t-il pas, finalement, de conforter les idées sectaires ?

Cela m’étonnerait car, d’une part, Résurgences ne fait en aucun cas l’apologie des sectes, au contraire, et que, d’autre part, il ne s’agit que d’une pure fiction dont le but premier est d’apporter un moment de rêve et d’évasion à mes lecteurs. Et c’est cela qui m’importe.

Quelle est votre propre vision de la lumière ?

C’est cet instant de grâce que je vis lorsque les mots courent sur ma page plus vite que je ne peux les écrire et que les idées se bousculent au portillon en rangs serrés.

Les attentats de New York puis de Madrid vous ont beaucoup marquée. Pensez-vous continuer de suivre l’actualité et de retranscrire dans vos romans les événements les plus marquants ou avez-vous simplement cherché à le faire dans ce roman ?

Je ne pense pas être la seule à avoir été bouleversée par ces atrocités, de même que par toutes celles qui se déroulent à chaque instant dans le monde. Mon fantastique plonge ses racines dans le quotidien ; l’écriture pourrait donc m’amener à reparler de l’actualité. Mais je ne promets rien.

Sont-ce ces événements dramatiques qui ont déclenché votre roman ou seulement des événements « utiles » à votre trame.

Lorsque j’ai écrit Résurgences en 2005 - 2006, je me suis trouvée devant la nécessité de montrer les particularismes de Julia. Ces événements se sont donc calqués sur ma trame. Et puis, peut-être avais-je besoin, à ma manière, d’exprimer la souffrance que j’avais ressentie face à ces drames.

Si ce n’est pas cela, y a-t-il eu un « événement déclencheur » ?


Comme je l’ai dit plus haut, il y a eu deux points de départ à ce roman. La naissance d’un adorable bonhomme de mon entourage le 5 mai 2000 et le mythe des enfants indigo. Ces deux faits confondus ont donné Résurgences.

Etiez-vous personnellement touchée ou impliquée par ces événements ? Ne serait-ce que politiquement ?

Politiquement non car la politique n’est, à mon sens, qu’un moyen comme un autre pour acquérir du pouvoir, une des obsessions de notre époque. Je n’ai pas non plus été personnellement touchée ou impliquée par ces événements, mais j’ai été atteinte dans mon humanité. Une fois encore, ce sont les civils qui paient pour des guerres qui les dépassent. Pour ma part, je serais d’avis de distribuer une paire de gants de boxe aux dirigeants et de les laisser se débrouiller entre eux sur un ring… Avec une telle solution, certains hésiteraient sans doute avant de déclencher des conflits où les morts ne sont, en fin de compte, que des nombres sur une liste.

Cela a-t-il affecté votre vie ?


Cela m’a donné une raison de plus de m’emporter contre le système actuel et d’espérer que nous parviendrons, un jour, à une société à dimensions réellement plus humaines.

J’ai été assez frappé de la description de la bête humaine. Pourriez-vous nous parler un peu plus de la création, des origines de ce personnage ?

La Chose est le revers de la médaille, la face obscure de la lumière. C’est un personnage que j’aime beaucoup car elle suscite des sentiments mêlés : colère, haine, pitié et compassion. Elle est terrible et, en même temps, étrangement vulnérable. Elle est l’humanité ramenée à ses plus simples expressions, à ses besoins primaires, ceux justement que nous nous efforçons de dissimuler en société, lorsque nous ne les renions pas. Elle me fait songer à deux personnages qui m’ont moi-même frappée : Gollum (le Seigneur des Anneaux) et l’Autre (Chasse à Mort). Elle possède le naturel des jeunes enfants, leur simplicité, mais leur naïveté aussi. En fin de compte, j’aurais bien aimé qu’elle se contente de rester en marge du village, et elle le souhaitait aussi. Hélas, le Maître en a décidé autrement…

Pourquoi avoir eu recours à la bête ? Est-elle réellement indispensable au récit ?

La Chose appartient à la dimension fantastique de Résurgences et, pour moi, il était nécessaire de confronter sa noirceur avec la pureté de Julia. Alors oui, j’aurais pu remplacer la Chose par une auteur psychopathe torturant ses fans trop inquisiteurs… (rires) Mais cela aurait été une autre histoire, non ?

Sa présence dans l’histoire procède-t-elle du désir de créer un personnage tel que Stephen King, entre autre, nous en a tant proposés ?

Même après avoir lu tous les Stephen King parus en français, je ne vois pas à quel personnage vous faites allusion. Décidément, je vais vraiment écrire cette histoire d’auteur psychopathe…

Plus sérieusement, Julia et la Chose sont opposés, donc complémentaires. Que seraient le Yin sans le Yang, le pile sans le face, le jour sans la nuit ? L’existence est faite de contrastes, et l’art est une imitation de la vie. Je trouvais donc intéressant de confronter ces deux personnages dans Résurgences.

Quelle est votre propre vision de l’humanité ? Mérite-t-elle, selon vous, ce que vous lui faites subir dans ce roman ?

L’humanité dans son ensemble me paraît mal partie. Mais, heureusement, il reste les individus et leurs spécificités propres. Et eux, du moins ceux que je fréquente au quotidien, ne mériteraient pas une telle catastrophe. Mais était-ce une raison pour censurer ma plume ?

On vous sent très attachée à Genève, alors qu’en contrepartie vous nous offrez des scènes de destruction particulièrement marquantes et directes de cette capitale. Que ressentez-vous personnellement vis-à-vis de cette ville ?

Voilà près de quarante ans que je suis arrivée à Genève (j’avais trois ans et demi), et je trouve qu’il y fait, malgré tout, bon vivre. Les problèmes n’y sont ni plus ni moins aigus qu’ailleurs mais, par contre, le coût de la vie y est hélas très élevé. La population est bien diversifiée ce qui est, à mon sens, une richesse. Et je rêve d’avoir un jour les moyens de m’offrir un appartement avec une vue sur ce si beau lac Léman. En somme, j’aime beaucoup Genève.

Les scènes de destruction étaient particulièrement intéressantes car je pouvais très bien les visualiser, ce qui leur donne, je pense, une crédibilité supplémentaire. Et j’avais accroché un plan de la ville au-dessus de mon bureau pour éviter de grossières erreurs, bien que l’histoire m’ait obligée à prendre quelques infimes libertés avec certains lieux.

Y a-t-il une raison particulière pour que la punition vienne du ciel ? Etes-vous une passionnée d’astronomie ?

Non, mais il me semblait logique qu’un cataclysme à l’échelon mondial tel que je l’envisageais, soudain, brutal et dans un court laps de temps, viendrait du ciel. D’autant que cette symbolique me paraissait intéressante. J’ai donc contacté des observatoires. J’ai eu la chance de pouvoir parler de mon idée à un astronome, et celui-ci m’a été d’une aide précieuse pour donner de la crédibilité à ce scénario. Qu’il en soit ici remercié.

Dans le roman, les hommes semblent seuls responsables du « Mal », par leur corruption, leur égoïsme, leur avarice, etc. Pourquoi alors choisir de le personnifier (le Léviathan même s’il n’apparaît que comme une vague : une volonté consciente de destruction) ?

Le Léviathan, tel qu’il est décrit dans Résurgences, est une puissance primitive, ancestrale, qui se délecte d’épouvante et de souffrance, pas une personnification du mal. Ces forces de l’ombre se repaissent de leur ration de sauvagerie, se nourrissent des cataclysmes. En l’occurrence, le Léviathan se dissimule au sein de la vague, il n’est pas la vague.

Pour la petite histoire, la Suisse a bel et bien connu deux tsunamis, l’un en 563 après J.-C. qui a ravagé les rives du Léman jusqu’à Genève et l’autre en 1806, sur le lac des Quatre-Cantons, qui a englouti plusieurs villages dans le canton de Schwyz. Une fois encore, la fiction rejoint la réalité.
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MessageSujet: Re: Interview collective d'Emmanuelle Maia   16/1/2007, 12:11

J’ai aussi trouvé que la thématique du destin était bien abordée mais il est à la fois présenté comme étant inaltérable (la roue du destin), et inversement comme un enchaînement de causes et d’effets. C’est un peu paradoxal…

L’existence même est faite de paradoxes. En même temps, je trouve que c’est une idée incroyablement optimiste de penser que l’on peut, si l’on a assez de courage et de volonté, s’opposer à la roue du destin. Combien d’entre nous ont vécu le pire et sont parvenus à en réchapper ? Et combien ne s’en sont pas sortis ? Hasard ? Fatalité ? Destin et causalité ne pourraient-ils pas, en somme, n’être que les deux faces de la même pièce ?

Votre description de Genève est très réaliste… mais n’est-ce pas dur de trouver la limite lorsque l’on décrit entre la description physique et les anecdotes personnelles ?


Pas si l’on garde les pieds sur la terre… et la tête dans les étoiles. (rires) En tant qu’auteur, je vis chaque anecdote comme un enrichissement, un terreau fertile dans lequel ma plume puise. Mais je ne me projette pas dans mes récits, car je suis romancière, pas biographe.

Qu’est-ce qui vous a poussée à écrire un roman à partir de la théorie des « enfants indigo » ?

Bon, cette fois, je vais résumer avant de réveiller l’auteur psychopathe qui sommeille en moi… 5 mai 2000, naissance d’un petit bonhomme… Deux ans plus tard, une amie me raconte le mythe des enfants indigos… Boum ! Ces deux idées se percutent, myriade d’étoiles dans mes jolis yeux noisette… Et si j’écrivais une histoire sur une enfant indigo née le 5 mai 2000… ?

En fait, j’avais depuis longtemps envie de rédiger une histoire apocalyptique (j’adore les films catastrophe, je ne vous l’avais pas dit ?), et je trouvais l’idée d’y intégrer des enfants aux pouvoirs particuliers très séduisante. En plus, je rêvais ce livre comme un message d’espoir, un récit faisant du bien qui contrebalancerait un peu la noirceur presque déprimante de certains écrivains. Alors, comme la rétention n’est pas une maladie recommandée pour les auteurs… je l’ai écrite.

Pourquoi ce titre ?

Parce que ce livre ne se veut pas comme une fin, mais plutôt comme le début d’une ère nouvelle qui verrait la résurgence de philosophies peut-être plus proches de l’homme et de la nature. C’est également la résurgence de ces anciennes âmes appelées « les enfants de la lumière ». Et, en fin de compte, ce livre annonçait aussi ma propre résurgence, même si je ne m’en doutais pas, à l’époque où j’ai commencé à l’écrire. Mais ceci est une autre histoire…

La quatrième de couverture annonce (je cite) : Emmanuelle Maia nous donne une version personnelle sur le thème de la fin des temps. J’ai du mal à comprendre en quoi le roman parle de « la fin des temps ». Il n’y a aucune fin à mon sens, juste une évolution, un glissement vers un nouvel état possible de l’humanité. Ai-je mal compris ?

Disons que ce livre n’annonce la fin des temps que pour le quatre-vingt-dix pour cent de l’humanité qui ne survivra pas au cataclysme. Par contre, pour le dix pour cent restant, il s’agit effectivement d’un glissement vers un nouvel état possible de l’humanité (merci pour cette très belle formulation). C’est mon éditeur qui a suggéré cette quatrième de couverture parce que j’avais énormément de mal à trouver un résumé pour Résurgences. J’ai un neurone qui ne se défend pas trop mal pour synthétiser mais, peut-être qu’à force de travailler sur ce livre, il avait déclaré forfait. Franck Guilbert m’a alors aimablement proposé ce texte que j’ai trouvé approprié.

Pensez-vous que recréer des microsociétés sur les ruines de l’ancienne serait aussi aisé ? L’entraide et la collaboration règnent en maître dans le roman, seuls quelques individus traînant les pieds avant de rejoindre la communauté. L’apocalypse (relative) a-t-elle effacé tous les fondements égoïstes de nos sociétés actuelles, telle un tsunami salvateur qui laverait nos âmes souillées par l’avidité et les valeurs futiles ?

Je suis parfois un peu trop idéaliste, je le reconnais volontiers. En même temps, que pourrait-il rester de l’avidité et de la futilité dans un monde pareillement détruit ? Souvent, les pires catastrophes éveillent en nous les sentiments les plus nobles, j’en veux pour preuve le tsunami, le vrai, qui a ravagé l’Asie en 2004. Les attentats de New York et de Madrid nous ont aussi démontré que l’homme était capable du meilleur (comme du pire, hélas). Mais j’ai préféré opter pour la lumière même si certains de mes lecteurs, d’un tempérament plutôt désenchanté, ne pourront s’empêcher de me traiter d’utopiste.

J’avoue que la couverture me laisse dubitatif. Elle me paraît peu explicite et très moyennement attirante. L’avez-vous choisie et en êtes-vous satisfaite ?

Cette illustration a tout du test de Rorschach, ce qui m’amuse beaucoup. La plupart des gens y voient une sorte de monstre penché au-dessus de l’enfant. Eh bien non, ce n’est pas ça !

Je trouve très intéressant de constater que les lecteurs de fantastique, qui s’attendent à des univers sombres, des histoires de monstres, en découvrent un sur cette couverture. Alors que ce sont les cocons des « enfants de la lumière » qui y sont représentés. De même, le violet est la couleur rattachée à la spiritualité, une autre symbolique intéressante.

Pour vous répondre, je ne l’ai pas choisie, juste approuvée. L’illustratrice de Nuit d’Avril, Michelle Blessemaille, l’a créée après avoir lu le roman. Et j’avoue que je l’aime bien (l’illustration, oui, même si j’adore aussi Michelle que je trouve très talentueuse… à découvrir sur : http://www.michelleblessemaille.com).

Pourquoi finalement avoir cherché à écrire une histoire d’une telle ampleur ? Le roman « La Croix du Néant » vous a-t-il donné envie d’écrire quelque chose de plus « grand », ou d’une échelle humaine plus importante ?

Ce n’est pas La Croix du Néant qui m’a donné l’envie d’écrire ce thriller apocalyptique, s’il fallait y rechercher une origine, mais trois autres livres. Tout d’abord Ravage, de René Barjavel, que j’ai dû découvrir il y a une vingtaine d’année. Puis il y a eu Le Fléau de Stephen King et Colère de Denis Marquet. Ce sont des livres que je relis régulièrement avec grand plaisir, et j’avais envie, toute modestie gardée, d’apporter ma propre vision à ce type de littérature. Voilà qui est chose faite.

Mais je vais désormais m’intéresser à l’idée qui m’est venue en répondant à cette interview : l’histoire d’une auteur psychopathe torturant ses fans trop inquisiteurs… (rires)

En tous les cas, je vous remercie de m’avoir suivie tout au long de Résurgences, puis dans cette interview pour un tête-à-tête qui, je l’espère, vous aura plu. N’hésitez pas à passer me voir sur les salons (Fantastic’Arts à Gerardmer les 3 et 4 février 2006 et le Salon du livre de Paris du 22 au 25 mars 2006 pour les plus immédiats) et, qui sait, au fil des pages de mon prochain roman, un thriller fantastique. Si cela vous intéresse, vous trouverez toutes les informations en temps utile sur mon site Internet : http://misandre.free.fr

Au plaisir de vous retrouver bientôt !

Amicalement,
Emmanuelle Maia
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